Aussi surprenant que cela puisse paraître, la comptabilité peut prétendre être l’un des métiers les plus vieux du monde.

Au Louvre, vous pouvez voir le bilan d’une ferme agricole sur une tablette d’argile à 10 colonnes datant de 2040 avant J-C !

La comptabilité moderne quant à elle apparaît au XVème siècle : le frère Luca Bartolomes Pacioli, Italien né en 1445 invente la comptabilité en partie double.

Renversement de situation

Alors que les comptables comptaient les jours heureux en contant Florette à leurs comptes de résultats, 2015 sonne le glas.

Le verdict est sans appel: comme les magasins de disques ou les agences de voyages, voilà le comptable ubérisé. Des millénaires de bons et loyaux services ni feront rien.

Amid Faljaoui, Directeur des publications francophones du groupe Roularta, l’écrivait dans l’une de ses chroniques pour WinBooks : « Il n’est pas rare de lire ici ou là que l’expert-comptable disparaitra très bientôt sous la concurrence de nouvelles start up «disruptives» comme les taxis risquent de l’être sous l’assaut de Uber. On parle même d’«ubérisation» des professions du chiffre à l’horizon de 2030 au plus tard.»

De leur côté, les chercheurs Carl Benedikt Frey et Michael Osborne de l’université Oxford jetaient un pavé dans la marre : une analyse de plus de 700 métiers susceptibles d’être robotisés. Ils évaluaient la probabilité de 95 % pour le métier comptable.

La menace recule …

Si la robotisation devient progressivement une réalité, cela ne veut pas dire pour autant que le métier va disparaître.

C’est un avis partagé par de nombreux spécialistes qui prennent position : la digitalisation est définitivement amorcée et un impact significatif sur le métier sera effectif dans les 3 à 5 ans.

Le professionnel du chiffre sera déchargé d’une grande partie des tâches d’encodage et du traitement de l’information.

Par ailleurs, il dégagera du temps pour accompagner, conseiller ses clients. Il se concentrera sur le contrôle des données, sur l’interprétation des chiffres, sur la mise à disposition régulière de tableaux bord à ses clients, etc…

Le professionnel du chiffre gardera toujours le contrôle et restera le « garant » de la vérité de la situation d’une entreprise.

On ne peut clairement plus nier qu’aujourd’hui la comptabilité se nourrit des nouvelles technologies de l’information et de la communication :

  • dématérialisation
  • automatisation d’écritures
  • externalisation
  • délocalisation du traitement des factures,
  • … etc…

Mais c’est une histoire qui continue, elle ne s’arrête pas là !

Concrètement, comment ça fonctionne ?

Le client de la fiduciaire envoie tous ses documents digitalisés sur une plateforme d’échange partagée : factures électroniques, documénets scannés, PDF UBL, e-FFF, …

Tout est y centralisé et accessible.

Chaque nouvelle facture passe par un moteur de reconnaissance pour enregistrement dans le dossier du client.

Les extraits bancaires sous forme de fichiers CODA peuvent également être déposés dans le système et traité automatiquement dès leur réception.

Les OD de salaires peuvent également être injectées.

Tout cela permet des mises à jour régulières des différents dossiers tenus par le comptable.

Les avantages principaux et non des moindres :

  • Le comptable lisse son travail tout au long de l’année, il est déchargé d’une partie fastidieuse des encodages et libère du temps pour se concentrer sur sa réelle valeur ajoutée.
  • Il donne accès régulièrement à ses clients à une vision claire et précise de l’évolution de ses affaires via des tableaux de bord interactifs.
  • Tout est centralisé et partagé avec les clients à un endroit unique accessible partout via internet.

L’expert-comptable, désormais plus expert que comptable, doit se tourner de plus en plus vers le qualitatif et l’interprétation, métier d’autant plus difficile face à des réglementations en perpétuelle évolution et face à un contexte économique de plus en plus international.

Même si les systèmes comptables digitaux deviennent de plus en plus « intelligents », le comptable gardera toujours le contrôle.

Contre les attentes de 2015, c’est donc une révolution tranquille où chaque acteur prend part au changement.

Par exemple, comme nous l’explique Fabienne Bauduin, Chef de département comptabilité à l’EPHEC, dans les écoles supérieurs le glissement s’opère également : « A nos yeux, le métier ne disparaît pas mais s’enrichit ! 

Sensibiliser nos étudiants à cette évolution était donc primordial.

Nos étudiants sont sensibilisés au « nouveau métier de comptable » avec l’enseignement et la mise en pratique des nouveaux outils digitaux.

Les enseignants en comptabilité sont unanimes : les professions de comptable, expert comptable ou fiscaliste restent définitivement un métier d’avenir.

Les comptables voient leur rôle changer de manière significative, mais ils restent des interlocuteurs incontournables.

Il est toujours essentiel de maîtriser la technique de la comptabilité et de la fiscalité, mais en outre ils doivent désormais comprendre et adopter les technologies émergentes plus rapidement pour être en phase avec leurs clients dans une économie concurrentielle.

On ne peut en aucun cas parler de disparition de la profession, mais bien d’évolution vers un métier où l’esprit d’analyse et la communication sont bien présents, sous ces aspects les interventions humaines sont irremplaçables.

Je dirais même qu’aujourd’hui, le métier devient plus intéressant que jamais.

Grâce au temps gagné avec la digitalisation et les logiciels, le comptable peut se rapprocher des besoins réels de ses clients : des conseils de gestion pour accompagner et soutenir la croissance, des tableaux de bord pour suivre leur activité, des conseils en matière de fiscalité,… les attentes du client vont bien au delà du strict respect des obligations légales. »

La « destruction créatrice »

Cette expression largement diffusée au XXème siècle par l’économiste Joseph Schumpeter désigne le processus continuellement à l’œuvre dans les économies et qui voit se produire de façon simultanée la disparition d’activités conjointement à la création de nouvelles.

Si en 2015 le pessimisme était de rigueur, l’horizon est définitivement prometteur.

Certes, les enjeux sont nombreux, la formation des futurs et actuels comptables étant le principal, mais en définitive, le rôle du comptable va se renforcer en étant notamment plus proche de l’entreprise pour la faire évoluer et la développer grâce à son expertise.

Alliant désormais changement, technologie et impact décisionnel, l’un des plus vieux métier du monde, deviendrait-il l’un des « dream job » de demain ?